Être in jusqu’au bout de la langue

Se distinguer à tout prix, même dans l’assiette. C’est le nec plus ultra d’un snobisme qui n’épargne aucun domaine. Et qui fait la singularité des classes les plus aisées. Analyse.

Les tendances  culinaires ne naissent pas par hasard. Comme la mode ou la musique, elles s’inspirent de l’air du temps – et deviennent rapidement has been. Pour rester cool, il faut savoir mettre ses papilles au goût du jour. En gros, se battre pour s’accrocher au bon côté de la casserole. Quoi de plus hype que de manger des « cronuts » (hybrides du croissant et du donut) ou d’avoir son propre potager quand on est citadin ? Etre hype, c’est se démarquer des autres. Il faut bien l’avouer, manger branché sert de distinction sociale pour les plus aisés. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es… Un dicton qui n’a jamais si bien fait sens qu’aujourd’hui.

Il suffit de regarder comment se crée une tendance pour comprendre qu’elle est faite par et pour les classes dominantes. Yoann Caillot, expert culinaire pour le webzine Food and Geek, explique que tout vient des Etats-Unis. Selon lui, les Américains aisés voyagent partout dans le monde. Ils goûteraient donc à tous les meilleurs mets, intégrant ainsi les différentes modes culinaires mondiales, et surtout les plus originales. Ensuite ils remâchent et re-proposent à leur sauce, dans les restaurants comme sur les blogs. Les restaurants français qui se veulent à la pointe du « in  » s’inspirent par exemple de blogs américains. Les medias spécialisés – destinés aux gourmets fortunés ou aux « bobos » – s’emparent de la tendance du moment. Ça y est, « the food to eat » est née. Mais une tendance, c’est surtout fait pour devenir obsolète. Sa mort est programmée dès qu’elle devient populaire ; et donc relayée au « mainstream ». L’élite veut se sentir spéciale, alors manger comme tout le monde, quel intérêt !…

Ces derniers temps, ce qui fait fureur en France, c’est le « do it yourself » – encore appelé « auto-expression ». On fait ses propres conserves, avec ses propres légumes, qu’on a au préalable fait pousser dans son propre potager. Ce qui se joue ici, c’est l’accès à l’information. Savoir d’où provient ce qu’on mange, c’est le must. Avec les crises sanitaires successives et l’effroi qu’elles ont provoqué, ce qui est bon pour le corps (et la planète) devient cool. Une tendance qui tient presque du bon sens. La distinction sociale se fait là. « Moi, je fais attention à moi, au monde et à toi, non. » La conscience est sauve. La santé aussi.

Variation sur le même thème, 2014 verra du légume dans toutes les assiettes. Là encore, la garantie de l’esprit sain dans un corps sain souffle sur la mode « Mais les faiseurs de tendances ont trouvé encore plus cool : les légumes de nos grands-mères ! Ainsi on fera pousser des panais ou encore des topinambours pour avoir des  légumes qui se distinguent des assiettes classiques. Il y aura aussi le kale, un chou vert qui a envahi les Etats Unis (ainsi que les séries américaines) et arrive doucement mais sûrement dans les restaurants les plus en vue. Ce légume est célèbre pour ses vertus nutritives « exceptionnelles ». Le must de la vie saine et bio à la Gwyneth Paltrow, actrice américaine réputée pour son mode de vie nickel qu’elle ne se prive pas de raconter sur Internet.

Cécilia Boukrédéra
 

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